Et si vous n’étiez pas vraiment stressé ? La vision d’un sophrologue

Il y a de fortes chances que vous ayez déjà prononcé cette phrase : « Je suis stressé. »

C’est d’ailleurs l’une des premières que j’entends lorsque quelqu’un franchit la porte de mon cabinet. Et pourtant… Je vais vous faire une confidence.

Je ne crois presque jamais cette phrase.

Non pas parce que la personne ment.

Mais parce que “être stressé” n’explique rien.

C’est un peu comme entrer chez son garagiste et dire : « Ma voiture fait un bruit. »

Oui.

Mais lequel ? À quel moment ? Depuis quand ? Dans quelles circonstances ?

Le bruit n’est pas la panne.

Il est seulement le premier indice.

Et c’est exactement la même chose avec le stress.

Derrière un même mot peuvent se cacher dix histoires différentes.

Prenons deux personnes.

Toutes les deux affirment être stressées.

La première vérifie quinze fois qu’elle a bien fermé sa porte.

La seconde ne supporte pas de décevoir son entourage.

Le même mot.

Deux réalités totalement différentes.

Ajoutons-en une troisième.

Elle n’est pas inquiète.

Elle est simplement incapable de s’arrêter. Son agenda déborde.

Dès qu’elle ne fait rien, elle culpabilise.

Elle appelle cela “le stress”.

Moi, j’y vois autre chose.

Je me méfie des mots qui expliquent tout.

Stress. Burn-out. Hypersensibilité.

Charge mentale. Manque de confiance.

Ces mots sont utiles.

Ils permettent de communiquer.

Mais ils deviennent parfois des prisons. Parce qu’ils donnent l’illusion d’avoir compris.

Or mettre un nom sur quelque chose n’est pas encore le comprendre.

Et si votre cerveau avait une bonne raison d’agir ainsi ?

C’est peut-être l’idée qui surprend le plus les personnes que j’accompagne.

Elles viennent souvent avec un objectif très clair : « Je veux arrêter de ressentir cela. »

Je comprends cette demande. Elle est profondément humaine.

Mais je me pose presque toujours une autre question : Pourquoi votre cerveau continue-t-il à produire cette réaction ?

Car notre cerveau est remarquablement économe. Il ne fait presque jamais quelque chose “pour rien”. Il protège. Il anticipe. Il évite.

Il compense.

Parfois maladroitement.

Parfois de façon devenue inutile.

Mais rarement sans logique.

Voilà pourquoi je ne cherche pas d’abord à calmer.

Cela peut sembler étrange venant d’un sophrologue.

Pourtant, si je cherche uniquement à diminuer votre stress, je risque de faire disparaître le signal avant d’avoir compris ce qu’il essayait de raconter.

Imaginez un détecteur de fumée qui sonne. Vous pouvez retirer la pile.

Le bruit s’arrête.

Mais le problème est-il résolu ?

Le silence n’est pas toujours la preuve que tout va bien.

Depuis des années, j’observe un phénomène étonnant.

Les personnes qui avancent le plus vite ne sont pas forcément celles qui apprennent le plus d’exercices de respiration.

Ce sont celles qui, un jour, changent de regard sur ce qu’elles vivent.

Elles cessent de se demander : « Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? ». Et commencent à s’interroger : « Qu’est-ce que cette réaction essaie de protéger ? »

Cette simple question ouvre souvent une porte que dix conseils pratiques n’avaient jamais réussi à entrebâiller.

Et si nous regardions autrement ?

Je ne sais pas si vous êtes stressé.

Je ne vous connais pas encore.

En revanche, je suis presque certain d’une chose.

Ce que vous appelez aujourd’hui “votre problème” est peut-être, ou a peut-être été, la meilleure solution que votre cerveau ait trouvée pour vous permettre de continuer à avancer.

Avant de vouloir le faire disparaître, il mérite sans doute d’être compris.

C’est là que commence, selon moi, le véritable changement.

Je n’ai jamais rencontré deux personnes souffrant exactement de la même façon. En revanche, j’ai rencontré beaucoup de personnes persuadées que leur souffrance pouvait se résumer à un seul mot. Mon métier consiste moins à faire disparaître ce mot qu’à découvrir l’histoire qu’il recouvre.

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